Le syndrome de l'Europe bouc émissaire a encore frappé vendredi 13 juin, lorsque le ministre français de l'Agriculture Michel Barnier a fustigé la décision prise par l'Union européenne d'interdire la pêche au thon rouge en Méditerranée. Pourtant, tous les scientifiques s'inquiètent car les ressources halieutiques sont en grave danger. Au lieu d'être soutenue, cette mesure courageuse, qui pénalise les pêcheurs mais protège les ressources futures, est fustigée par Barnier. Cette attitude nationaliste est à l'image de ce qui se passe depuis trop longtemps en Europe, où l'on se défausse sur l'Union pour les dossiers à risque. Le vote négatif des Irlandais en est le reflet. L'Irlande, qui était l'un des pays les plus pauvres de l'Union il y a encore vingt ans, est le deuxième plus riche actuellement. Mais la peur de perdre les subventions, la perte d'un commissaire européen, bref, la crainte d'une perte d'influence de l'Irlande (5 millions d'habitants), ont pesé sur le vote. A cela, s'ajoute la campagne outrancière de l'extrême droite irlandaise contre le traité. D'après cette droite dure, le Traité de Lisbonne risquait d'autoriser l'avortement . De plus, l'Europe est perçue comme trop protectrice pour les femmes et donne des droits aux gays.
A force de rendre l'Europe responsable et coupable de tout, à force que les gouvernements nationaux ne prennent pas leurs responsabilités, en laissant les dossiers difficiles, on renforce la défiance vis-à-vis de l'Europe, et on renforce les extrêmes droite et gauche.
Pourtant, le Traité de Lisbonne était le plan B après l'échec du Traité constitutionnel. Il n'y a pas de plan C.
N'oublions pas que ce populisme et ce nationalisme sont dangereux, car il y a danger à terme d'un détricotage de la construction européenne. La paix, la sécurité et la réussite économique sont une exception dans l'histoire de l'Europe.
N'oublions pas que c'est l'Union européenne qui, grâce aux Traité signés précédemment, empêche pour l'instant toute remise en fonction de la peine de mort. Or, quel serait le résultat d'un référendum sur la peine de mort en France ? Il en résulterait le même populisme que lors du NON à l'Europe en 2005.
Enfin, n'oublions pas dans le Maine-et-Loire, les aides européennes dont nous bénéficions. Les aides de la Pac pour les agriculteurs, les aides Erasmus pour les étudiants, les subventions à l'équipement des régions défavorisées, avec par exemple, la subvention pour la station d'épuration et l'antenne relais de la Ferrière de Flée.